Ce jour-là, le 10 juillet 1962 : lancement de Telstar, premier satellite de communication actif

Au matin du 10 juillet 1962, une fusée Delta décolla de Cap Canaveral, en Floride, emportant un satellite de la taille d'un gros ballon de plage sur une orbite elliptique autour de la Terre. Ce satellite, Telstar 1, allait changer la façon dont le monde communiquait, devenant le premier satellite actif capable de relayer des signaux de télévision, de téléphone et de données à travers un océan.
Telstar fut construit par les Bell Telephone Laboratories, la branche de recherche d'AT&T, en partenariat avec la NASA et avec le soutien de l'agence nationale française des télécommunications ainsi que de la poste britannique (General Post Office). Le projet reflétait un rare moment de coopération internationale bâti autour d'une ambition technique commune : prouver qu'un satellite pouvait relayer des signaux en direct entre continents en temps réel.
Contrairement à un satellite passif qui se contente de réfléchir les signaux qui lui sont envoyés, Telstar était actif : il recevait un signal, l'amplifiait, puis le retransmettait vers la Terre grâce à un transpondeur embarqué alimenté par des cellules solaires. Cette conception à relais actif est devenue le modèle de base que la plupart des satellites de communication suivraient pendant des décennies.
À peine un jour après son lancement, le 11 juillet 1962, Telstar relaya le premier signal de télévision transatlantique public, transmettant des images entre des stations au sol dans le Maine, en France et au Royaume-Uni. Les premières transmissions comprenaient des mires de test et de brefs segments diffusés, offrant aux publics des deux côtés de l'Atlantique un aperçu d'une technologie qui, jusque-là, n'existait qu'en théorie.
Telstar orbitait autour de la Terre environ toutes les deux heures et demie sur une trajectoire elliptique, ce qui signifie qu'il n'était en position de relayer des signaux entre l'Amérique du Nord et l'Europe que pendant environ 20 minutes à chaque orbite, une contrainte qui faisait de la planification des retransmissions transatlantiques un exercice logistique minutieux pour les ingénieurs des deux continents.
La durée de vie active du satellite fut écourtée de manière inattendue par les radiations. Un essai nucléaire américain à haute altitude réalisé la veille du lancement de Telstar avait considérablement augmenté les niveaux de radiation dans les ceintures de Van Allen entourant la Terre, endommageant progressivement les transistors du satellite. Telstar cessa de fonctionner en novembre 1962, fut brièvement relancé, puis tomba définitivement en panne en février 1963.
Malgré sa courte durée de fonctionnement, le succès technique de Telstar démontra la viabilité des communications intercontinentales par satellite, ouvrant la voie aux satellites de communication géostationnaires qui suivirent bientôt et qui allaient finir par faire de la diffusion mondiale en direct une caractéristique courante de la vie moderne plutôt qu'une nouveauté.
Le satellite captiva également l'imagination du public bien au-delà des cercles d'ingénieurs. Son lancement suscita à l'époque une vague de couverture médiatique et de références culturelles, reflétant le sentiment qu'une communication mondiale instantanée, autrefois matière à science-fiction, était soudainement devenue une réalité technique.
Aujourd'hui, des milliers de satellites orbitent autour de la Terre en transportant du trafic de télévision, d'internet et de communications selon des principes que Telstar a contribué à établir, même si la technologie elle-même a considérablement progressé, passant des brefs passages elliptiques de Telstar à des satellites qui maintiennent une position fixe par rapport à la surface terrestre.
Telstar 1 lui-même demeure aujourd'hui en orbite, vestige inerte mais intact de l'histoire spatiale, tournant silencieusement autour de la planète plus de six décennies après ses quelques mois de service actif, brefs mais transformateurs, qui ont lancé l'ère moderne des communications par satellite.
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