Ce jour-là, le 8 juillet 1889 : le premier numéro du Wall Street Journal

Le 8 juillet 1889, trois jeunes journalistes financiers de New York publient le premier numéro d'un journal qui deviendra l'une des publications les plus influentes du monde. Le Wall Street Journal débute comme un modeste quotidien de quatre pages, et ses fondateurs, Charles Dow, Edward Jones et Charles Bergstresser, ne pouvaient savoir que ce nom retiendrait encore l'attention plus d'un siècle après.
Le journal est né directement de l'entreprise antérieure du trio. Dow et Jones distribuaient des bulletins d'information manuscrits aux abonnés de Wall Street via leur société, Dow Jones & Company, fondée en 1882. Ces feuillets, livrés par messager, résumaient les développements financiers du jour pour des traders qui avaient besoin de l'information plus vite que la presse généraliste ne pouvait la fournir. Le Journal a formalisé ce service en un quotidien imprimé.
Ce qui distinguait l'entreprise, c'était un engagement en faveur d'une information financière factuelle et rapide, à un moment où de telles données étaient rares et souvent peu fiables. Les fondateurs ont positionné le journal comme une source de confiance pour les traders, rendant compte des entreprises, des obligations et des marchés avec un souci d'exactitude. Cette réputation de fiabilité est devenue le socle de l'autorité du Journal.
Charles Dow, la figure intellectuelle la plus durable du journal, est retenu pour bien plus que la rédaction. Il a mis au point une moyenne boursière destinée à saisir la direction générale des cours, publiant de telles mesures dans les années entourant la fondation du journal. La plus célèbre, l'indice Dow Jones des valeurs industrielles, lancé en 1896, est devenue un raccourci pour la Bourse américaine elle-même et porte toujours son nom et celui de Jones.
L'écriture analytique de Dow a aussi donné naissance à ce que des observateurs ultérieurs ont appelé la théorie de Dow, un ensemble d'idées sur le mouvement des marchés qui a influencé des générations d'analystes techniques. Quel que soit le débat moderne sur son utilité, la théorie reflétait la conviction centrale de Dow selon laquelle les prix de marché contenaient une information significative, un principe qui sous-tend encore le journalisme financier.
L'essor du Journal a épousé la croissance de la finance américaine. À mesure que les États-Unis s'industrialisaient et que leurs marchés de capitaux s'étendaient, la demande d'une couverture faisant autorité sur les affaires augmentait, et le journal était bien placé pour la fournir. Au fil des décennies suivantes, il est passé d'une feuille de cotation étroite à un journal plus complet, ajoutant analyse, couverture des entreprises et, à terme, des reportages bien au-delà de la finance.
Un chapitre décisif est survenu au XXe siècle sous la propriété de la famille Bancroft et la direction de rédacteurs qui ont élargi ses ambitions. Le journal a investi dans le reportage au long cours et un style de première page distinctif, mêlant l'information financière dure à des reportages fouillés. Il a remporté de nombreux prix de journalisme et bâti un lectorat national, puis international, allant bien au-delà des investisseurs professionnels.
Le Journal n'a pas été exempt de controverses ni de changements. Sa propriété est passée à News Corporation en 2007, une transition qui a suscité un débat sur l'indépendance éditoriale, et comme tous les journaux, il a traversé le bouleversement des médias numériques. Il est pourtant resté parmi les plus grands journaux des États-Unis par le tirage et une référence pour l'actualité économique mondiale.
L'anniversaire de ce premier numéro de 1889 rappelle à quel point la vie financière moderne dépend de la circulation d'une information digne de confiance. Les marchés fonctionnent sur l'hypothèse que les participants peuvent savoir ce que font les entreprises et quels prix bougent, et les institutions qui recueillent et publient cette information font partie de la mécanique même de la finance. Le Journal en fut un exemple précoce et durable.
Plus de 135 ans plus tard, le petit bulletin que Dow, Jones et Bergstresser ont transformé en quotidien s'impose comme un jalon de l'histoire du journalisme comme de la finance. Sa fondation en ce jour marque le début d'une publication dont le nom, et le célèbre indice, restent des repères de la façon dont le monde parle d'argent.
À lire ensuite

Pourquoi Henri VIII fit-il bouillir son cuisinier vivant ? Récits macabres de l'Angleterre des Tudors
L'Angleterre des Tudors est restée dans les mémoires pour ses palais et ses portraits, mais son droit pénal pouvait se révéler d'une brutalité saisissante. Les historiens citent le cas d'un cuisinier royal condamné à mourir ébouilli comme l'un des châtiments les plus étranges, et les plus révélateurs, de l'époque.

Ce jour-là, le 21 juillet 1861 : la première bataille de Bull Run frappe une nation qui attendait une guerre courte
Le 21 juillet 1861, les forces de l'Union et de la Confédération s'affrontèrent près de Manassas, en Virginie, lors de la première grande bataille terrestre de la guerre de Sécession. La victoire confédérée, marquée par le chaos, mit fin aux espoirs des deux camps d'un conflit rapide.

La Ligne des chiens : la chaîne de molosses qui gardait la prison la plus tristement célèbre d'Australie
Dans les années 1800, une ligne de chiens de garde enchaînés fut postée sur l'étroite bande de terre d'Eaglehawk Neck pour empêcher les évasions du bagne de Port Arthur, en Tasmanie. Cette mesure de sécurité inhabituelle illustre à quel point les méthodes de contrôle des prisonniers pouvaient être impitoyables dans l'Australie de l'époque coloniale.

Qui était le Cyclope Polyphème, et pourquoi terrifiait-il les Grecs de l'Antiquité ?
Le géant borgne Polyphème dans l'Odyssée d'Homère est l'une des histoires de monstre les plus célèbres de la mythologie grecque. Mais pour le public antique, le Cyclope était effrayant de manières très précises, chargées de sens culturel lié aux frontières mêmes de la civilisation.

La guerre de Troie a-t-elle vraiment eu lieu ? Même les experts ne sont pas d'accord
La guerre de Troie décrite dans l'Iliade d'Homère est depuis des siècles au cœur d'un débat entre mythe et histoire. Les preuves archéologiques confirment qu'une ville a existé à l'emplacement probable de Troie et qu'elle a été détruite, mais la réalité d'un siège de dix ans et d'un cheval de bois reste véritablement contestée parmi les historiens.